Monsieur le Premier ministre,
En ma qualité de Président de la Fédération Française des Associations de Commerçants (FFAC), je souhaite appeler solennellement votre attention sur les très fortes inquiétudes exprimées par les unions commerciales et artisanales de France face aux violences et dégradations constatées en marge des mobilisations lycéennes et étudiantes actuelles, ainsi qu’aux risques liés à une possible extension de ces mouvements ou à la résurgence annoncée de mobilisations se réclamant des « Gilets jaunes ».
La Fédération Française des Associations de Commerçants est naturellement attachée au respect de la liberté de manifester et du droit de chacun à faire entendre ses revendications. Mais une distinction claire doit être rappelée et effectivement garantie : manifester est un droit ; casser, dégrader, piller ou s’en prendre aux personnes et aux biens constitue un délit.
Nous rappelons également que le cinquième alinéa du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 affirme que « chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi ». Dans cet esprit, nous demandons que les commerçants et leurs salariés puissent accéder à leur lieu de travail et exercer leur activité en sécurité. Notre démarche vise ainsi à concilier le respect de la liberté de manifester avec la nécessaire préservation de la liberté de travailler et d’entreprendre, grâce à des mesures anticipées, adaptées et proportionnées.
Les commerçants ne doivent pas devenir, une nouvelle fois, les victimes collatérales de mouvements dont ils ne sont ni les responsables ni la cible et dont ils peuvent, parfois, partager certaines préoccupations économiques et sociales.
Pourtant, les premiers témoignages qui nous remontent du terrain font déjà état de dégradations, de violences, de commerces contraints de fermer, d’événements commerciaux annulés et d’une baisse de fréquentation liée au sentiment d’insécurité et aux difficultés d’accès aux centres-villes.
Ces situations viennent frapper des entreprises déjà fragilisées par l’augmentation des charges et des loyers, la baisse du pouvoir d’achat, les tensions sur les trésoreries, la concurrence croissante des grandes plateformes numériques internationales, et, dans plusieurs territoires, les effets d’un été marqué par de fortes chaleurs. Pour certains commerces, quelques journées de forte perturbation peuvent suffire à compromettre l’équilibre économique d’un mois entier.
L’expérience des précédents mouvements sociaux nous impose aujourd’hui la plus grande vigilance. Les centres-villes ont, depuis plusieurs années, payé un lourd tribut : samedis perturbés ou bloqués, rues difficilement accessibles, problèmes de circulation et de stationnement, fermetures préventives, vitrines dégradées, pillages, annulations d’événements, baisse de fréquentation et pertes considérables de chiffre d’affaires.
Plusieurs de nos associations adhérentes ont déjà alerté les Préfets de leur département ou sollicité auprès d’eux l’ouverture d’un dialogue. Afin d’éviter la multiplication de courriers adressés séparément aux représentants de l’État dans les territoires, la FFAC souhaite, par la présente démarche nationale, vous saisir directement et appeler à une réponse coordonnée du Gouvernement.
Il ne s’agit pas d’attendre un éventuel embrasement du pays ou la multiplication des dommages pour agir. Il convient, au contraire, d’anticiper plutôt que de subir et de protéger nos centres-villes avant d’avoir à constater puis à réparer les dégâts.
Nous sollicitons ainsi la mise en place rapide :
– d’une coordination nationale associant les services de l’État, les Préfets, les collectivités territoriales, les élus locaux, les forces de sécurité, les chambres consulaires et les associations de commerçants et d’artisans ;
– d’une évaluation précise des moyens policiers mobilisables dans les territoires exposés, avec une présence visible, proportionnée et suffisamment réactive pour prévenir les dégradations et protéger les personnes comme les biens ;
– d’une concertation locale systématique et en amont avec les associations de commerçants, afin de partager les informations utiles, d’identifier les zones sensibles et de prévoir les mesures de protection nécessaires ;
– d’un travail avec les organisateurs pour que les lieux, horaires et parcours des manifestations permettent, autant que possible, de préserver l’accès, la sécurité et l’activité des centres-villes, tout particulièrement les samedis, qui constituent une journée essentielle pour le commerce ;
– de dispositifs d’information et d’alerte rapides à destination des commerçants, leur permettant de prendre les dispositions adaptées sans être contraints de fermer préventivement pendant des périodes excessivement longues ;
– d’une intervention rapide des forces de l’ordre en cas de violences, de pillages ou de dégradations, ainsi que d’une réponse judiciaire effective, ferme et diligente à l’encontre de leurs auteurs ;
– enfin, de l’anticipation de mécanismes d’accompagnement et d’indemnisation simples et rapides pour les professionnels directement touchés par des dégradations, des fermetures imposées ou l’annulation d’événements commerciaux pour des motifs de sécurité.
Nous souhaitons également connaître les dispositions actuellement arrêtées par le Gouvernement en matière de mobilisation des forces de sécurité, de coordination préfectorale et de réponse judiciaire, ainsi que les mesures envisagées pour éviter une extension des violences à l’échelle nationale.
Nos centres-villes sont des lieux de vie, de travail, de rencontre et de lien social. Leurs commerces de proximité en constituent une composante indispensable. Leur fragilisation supplémentaire aurait des conséquences économiques, sociales et territoriales qui dépasseraient très largement la seule question du chiffre d’affaires des entreprises concernées.
La Fédération Française des Associations de Commerçants et l’ensemble de son réseau territorial, sont prêts à prendre pleinement leur part dans cette démarche de prévention. Nous sommes disponibles pour participer, dans les meilleurs délais, à une réunion de travail avec les services du Premier ministre, le ministère chargé du Commerce et les ministères concernés.
Anticiper plutôt que réparer. Dialoguer plutôt que subir. Protéger nos centres-villes avant d’avoir à constater les dégâts : tel est le sens de l’appel que je vous adresse aujourd’hui au nom des 6 000 unions commerciales et artisanales que notre Fédération représente dans toute la France.
Dans l’attente de votre réponse et des mesures que le Gouvernement entend mettre en œuvre, je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression de ma très haute considération.
Lionel SAUGUES
Président
Fédération Française des Associations Commerçants (FFAC)
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